C’est plus intéressant de tenir une boulangerie que d’être directeur d’une institution bancaire…

Diaby Abib Kader est un jeune entrepreneur diplômé qui partage avec nous son expérience entrepreneuriale. Après avoir postulé sans succès dans plusieurs structures, il a décidé de voler de ses propres ailes, en se lançant dans l’entrepreneuriat. Aujourd’hui, contrôleur de gestion de la centrale boulangère, il a à son actif plus de 3 boulangeries dans la ville d’Abidjan dont « grain de blé » à Abata, route de Bingerville. Ce boulanger croit dur comme fer être milliardaire d’ici quelques années. Entretien.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre parcours et les structures dont vous en êtes le principal responsable ?

Je suis titulaire d’un Baccalauréat série D et d’une licence professionnelle. Après une première année de master 1 que je n’ai pu terminer, j’ai fait deux années en cabinet comptable. C’est de là que j’ai récupéré la boulangerie de ma mère et une autre en location. C’est comme cela que j’ai commencé à travailler dans le domaine de la boulangerie. Aujourd’hui, j’ai deux boulangeries opérationnelles et une troisième en gestion, puisque j’ai créé par derrière, une société de gestion de boulangerie et d’approvisionnement. C’est à dire en même temps, je récupère la boulangerie et je fais l’approvisionnement, la formation du personnel. Je relève donc boulangeries.

Avec donc tous ces diplômes, vous avez décidé de suivre le métier de boulanger? Comment en êtes-vous arrivez-là ?

Ce métier s’est quand même imposé à moi. Quand je suis sorti du cabinet surtout avec mon profil, je me suis dit qu’une institution financière serait mieux pour moi. J’ai déposé près de 1000 CV dans plusieurs structures et je n’ai jamais eu de retour. Je n’ai pu faire un entretien d’embauche. Comme on le dit souvent, on passe à côté de son bonheur. Donc après le cabinet, j’ai été sans emploi pendant plus de 6 mois. Bien que ma mère ait une boulangerie, je trouvais cela comme une petite boutique surtout pour moi qui étais un jeune diplômé. C’est après ma galère de 6 mois que je me suis dit, mais pourquoi ne pas aller essayer. Et j’ai compris que c’était plus intéressant de tenir une boulangerie que d’être directeur d’une institution bancaire, comme je le voulais auparavant.

C’est à dire que le métier nourrit son homme suffisamment…

Largement, je dirais. Il est très porteur et ensuite je m’éclate. Par exemple, au niveau de la banque, toutes les reformes sont déjà prédéfinies. Mais avec la boulangerie, c’est une mini-unité de production. Il y a la production, la commercialisation et la prise de décision. Tu es au contact direct avec ton chiffre. Aussi, la boulangerie figure sur la liste des meilleurs secteurs fournisseurs d’emploi en Côte d’Ivoire.

Alors comment arrivez-vous à manager votre équipe ?

Je fais d’abord tout en un. J’ai des notions dans les ressources humaines, la production, parce qu’avec ma formation, j’ai appris la gestion. J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de choses à faire dans le secteur. Donc, j’ai essayé de réguler d’abord la boulangerie de ma mère avant de créer ma structure. Ensuite, j’ai toujours respecté le travail et la compétence de mes collaborateurs de façon réelle et sincère. Il existe une relation de confiance entre eux et moi.

En tant qu’entrepreneur, peut-on quand même savoir vos grandes réussites? Quel est votre secret ?

Quand je suis arrivé dans la boulangerie de ma mère, le rendement avait diminué. Son chiffre d’affaire avait baissé. Alors, je me suis fixé le paris de redynamiser cette boulangerie. J’ai remis le matériel et le design à niveau. Aujourd’hui, lorsque tu arrives dans mes différentes unités, tu sens une différence. J’ai tout simplement divisé la part du gâteau en trois. Une partie pour les amortissements, une autre pour le promoteur et une troisième partie pour les travailleurs. J’ai aussi commencé à recruter des jeunes diplômés. J’ai déjà recruté un ingénieur informatique pour l’unité qui va ouvrir à Abobo. C’est donc possible de payer les employés comme à la banque.

Quels sont donc les conditions pour entrer dans votre boulangerie ?

En réalité, on n’a pas besoin de diplôme pour entrer dans une boulangerie. Moi à ce niveau, je vais commencer à recruter des jeunes diplômés dans les ateliers, dans la zone de production. Même avec le Bac pour aller plus vite. Mon objectif, c’est qu’à long terme, les jeunes, plus particulièrement les diplômés puissent intégrer en masse, ce secteur. On pourrait même aller jusqu’au cycle ingénieur. A Abobo par exemple où je suis en train d’ouvrir une nouvelle boulangerie, mon nouveau gérant est titulaire d’un diplôme d’ingénieur informatique. Je dois donc le former. Celui de Bingerville Abata est très bien payé. Mon objectif est que le boulanger à force d’épargner puisse créer sa propre boulangerie. Et cela dynamise le secteur. Je milite pour l’insertion des jeunes diplômés à la boulangerie et je me bats très fort pour cela.

Rencontrez-vous des obstacles dans l’exercice de votre métier ? 

Oui au niveau de la TVA, on déduit, mais on ne collecte pas. On est prêt à donner de l’emploi aux jeunes, mais il faudrait qu’il y ait un accompagnement de l’Etat. Aussi souvent, on est confronté à la ressource humaine pas trop qualifiée. D’où je lance un appel aux jeunes diplômés afin d’intégrer ce secteur. Il y a assez de jeunes déscolarisés ou de niveau CEPE dans la boulangerie. Quand je suis arrivé, j’ai essayé d’équilibrer tout cela et je veux continuer de révolutionner la boulangerie en Côte d’Ivoire.

Quelles remarques faites-vous donc au niveau de la boulangerie en Côte d’Ivoire ?

Ce qu’il faut savoir déjà, c’est que les gens n’arrivent pas à bien exploiter ce domaine. Puisque la boulangerie est un vaste champ qui se retrouve aussi dans l’évènementiel. Quand je parle d’évènementiel, je fais allusion aux mariages, baptêmes, anniversaires et bien d’autres. C’est donc un domaine qu’on n’arrive pas à bien exploiter. La seule structure qui a pu bien l’exploiter (la pâtisserie abidjanaise) née depuis 1960 et qui fait de gros investissements. Son gérant a su bien exploiter plus de 30 % de la boulangerie en Côte d’Ivoire. Il est allé plus loin que vendre seulement de la baguette. Nous aujourd’hui à notre niveau, on essaie de vendre des pains spéciaux. J’ai fait l’Europe, j’ai vu un peu des boulangers. Un boulanger qui n’a pas de grosses cylindrées chez lui à la maison n’est pas un vrai boulanger. Donc, vous voyez que c’est un domaine à exploiter. Beaucoup de gens pensent que ce sont des gens qui n’ont pas réussi qui sont dans le domaine. Sinon, tu n’es pas obligé d’avoir un master et aller travailler à la banque. Et le secteur artisanal, on en fait quoi?

Quel message aux jeunes étudiants ou diplômés sans emploi en proie au désespoir et au doute ?

Je dirai aux jeunes de ne pas se laisser abattre par le chômage. Comme on le dit, toute chose à son temps. Saisi ce que Dieu t’a donné. Mets-toi à travailler. Je les invite à venir apprendre les petits métiers. Les jeunes peuvent être diplômés, mais c’est la stratégie qui va changer. Le diplômé qui envisage faire un petit métier, son activité va marcher parce qu’il a la formation. Je ne me plait pas de ma jeune expérience dans l’activité. Grâce à ma formation, j’ai su orienter des flux. Aujourd’hui, on me propose d’être président du patronat. Je reviens encore aux jeunes diplômés pour leur dire qu’ils n’ont pas besoin d’aller forcement monnayer leurs diplômes dans les grandes structures. Ces petites PME ont besoin d’eux. Aujourd’hui, si un analphabète à 10 boulangeries, il pouvait encore faire plus s’il était diplômé ou s’il avait une ressource humaine qualifiée et formée.

 

 

2 pensées sur “C’est plus intéressant de tenir une boulangerie que d’être directeur d’une institution bancaire…

  • 16 janvier 2020 à 0 h 06 min
    Permalink

    Je vous remercie vraiment monsieur Diaby de nous expliquer votre parcours et les efforts que vous avez Ménez dans votre vie merci de motiver la jeunesse aussi de se battre comme il se doit par conséquent moi entant que jeune je vous sollicite de bien vouloir me permets d’avoir un emploi dans vos locaux en tant que stagiaire j’ai arrêté les études en classe de 3eme j’ai suivis une formation en électricité auto a l’AGEFOP mais j’ai pas encore eu d’emploi dans ce domaine si . J’aimerai bien me lancé dans le domaine de la boulangerie je sais pas pourquoi mais j’ai cela a l’esprit depuis et je veut tenté pour voir voilà pourquoi je viens a vous … Je vie à Abidjan précisément à Adjamé paillet aider moi je vous prie…je suis joignable au numéro suivant : 01861318/78765062/75437720

    Répondre
    • 16 janvier 2020 à 15 h 32 min
      Permalink

      Bonjour Kambire,
      Merci pour votre écrit.
      Nous vous suggérons de faire un courrier adressé au Directeur Général des Grands Moulins d’Abidjan pour une demande de formation en tant que Boulanger.
      A l’issue de cette formation, il vous sera aisé de trouver un emploi en qualité de Boulanger Professionnel.
      Nous vous souhaitons bonne chance.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *