Dr. Attié Firmin: « Le vétérinaire n’est pas seulement qu’un soigneur de chien »

Le secrétaire général de l’Association des docteurs vétérinaires de Côte d’Ivoire se prononce dans cet entretien, sur les enjeux des « Journées Nationales Vétérinaires » qui seront organisées dans la deuxième semaine du mois de juin.

L’association des docteurs vétérinaire de Côte d’Ivoire (ADVCI), organise les 13 et 14 juin prochains, la 2e édition des Journées nationales vétérinaires (JNV). Quelles sont les objectifs visés par ces journées ?

L’ADVCI a été créée en 2012. Son but est de faire la promotion de la profession vétérinaire. C’est une profession qui n’est pas assez connue en Côte d’Ivoire, malgré l’importance des vétérinaires dans le tissu socio-économique. Les journées nationales vétérinaires participent à la promotion de la corporation de vétérinaire.

En 2017 déjà, vous organisiez la première édition des JNV. Quel bilan en faites-vous ?

Je puis dire que le bilan est positif. Nous avons atteint nos objectifs. Notamment en termes de mobilisation. Sur deux jours, la salle de conférence du ministère des Affaires étrangères, a refusé du monde. Étudiants, grand public ont effectué massivement le déplacement. Et cela nous a permis de véhiculer nos messages sur l’importance du vétérinaire dans la productivité des fermes d’élevage, nous avons échangé avec des éleveurs sur des préoccupations spécifiques. En somme, nous avons été satisfaits du déroulement de ces journées qui étaient placées sous le parrainage du ministre des ressources animales et halieutiques, Kobenan Kouassi Adjoumani.

Quelles sont les innovations pour cette deuxième édition ?   

D’abord dans la forme des journées. Pour la première édition, elles se sont tenues dans les locaux du ministère des affaires étrangères. Cette année, c’est à l’Université Nangui Abrogoua qu’elles se tiendront. Cette fois-ci, c’est nous qui allons vers les étudiants, qui constituent le réservoir de futurs vétérinaires. Deuxième innovation, c’est au niveau du thème. Cette année, nous allons montrer comment le vétérinaire intervient au niveau de chaque maillon de la chaîne de valeur des ressources animales et halieutiques. Mais en plus, nous allons faire un focus sur l’importance du vétérinaire dans la qualité de l’industrie agro-alimentaire. Parce que la qualité est aujourd’hui, très importante et a besoin d’être mise en valeur.

Pourquoi le choix de l’Université Nangui Abrogoua ?

Parce que c’est une université qui a en son sein, des filières qui nous intéressent particulièrement. Il y a l’UFR des Sciences de la nature qui a en son sein la production animale. Nous avons aussi, l’UFR des Sciences et technologies alimentaires. C’est donc une université qui forme des cadres dans le secteur des productions animales et dans le secteur de la transformation agro-alimentaire. Ainsi, par rapport au choix du thème, l’Université Nangui Abrogoua apparait comme l’institution à même d’offrir un partenariat pour nous permettre d’atteindre nos objectifs. Il faut ajouter que beaucoup de vétérinaires actuellement en Côte d’Ivoire, ont débuté leurs études à l’Université Nangui Abrogoua.

Moi-même, j’ai fait une maîtrise en science et technologie alimentaire, avant de continuer en formation de vétérinaire. C’est une université spécifique par rapport aux pans que nous voulons mettre en exergue, à savoir les ressources animale et l’agro-alimentaire. C’est pour cela que nous avons souhaité ce partenariat pour les JNV 2019.

Comment se porte le métier de vétérinaire en Côte d’Ivoire ?     

C’est un métier en pleine expansion en Côte d’Ivoire. C’est vrai que nous ne sommes pas assez nombreux. Nous sommes à peu près 300 vétérinaires qui couvrons l’ensemble du territoire national. Ce qui est insuffisant. Alors que les défis sont immenses. Notamment, en termes d’accompagnement de l’État dans la maîtrise de la santé animale. Aujourd’hui, le métier de vétérinaire nécessite que l’État puisse apporter un appui à l’installation des jeunes vétérinaires. C’est un défi pour nous. Aider nos jeunes confrères qui sortent à pouvoir s’installer en clinique en milieu rural pour pouvoir aider au développement de l’élevage. Pour nous, cela est très important.

La deuxième chose que nous attendons de l’État, c’est au niveau de l’industrie agro-alimentaire. Nous estimons que par rapport aux nations développées, où le vétérinaire est au cœur de la qualité des industries agro-alimentaires, aujourd’hui, dans le tissu industriel agro-alimentaire de la Côte d’Ivoire, il n’y a pratiquement pas de vétérinaire. Nous voulons interpeller l’État sur cette question.

Apparemment ce métier n’est pas bien connu en Côte d’Ivoire…

Ce métier est vraiment méconnu des Ivoiriens. D’où ces journées nationales vétérinaires. Voilà pourquoi ces journées ont tous leurs sens. Pour nous il est important de faire connaître cette profession, qui ne se limite pas seulement aux soigneurs de chiens et de chats. C’est une profession très importante dans le quotidien de l’Homme. C’est une profession qui s’ouvre sur le monde. Et c’est un secteur pourvoyeur d’emplois. Le secteur agricole et de l’élevage sont les plus grands pourvoyeurs d’emplois. Et la Côte d’Ivoire a ceci de particulier que c’est un pays qui consomme. Les Ivoiriens aiment manger de la bonne nourriture. Si le secteur de l’élevage était développé, beaucoup de jeunes allaient s’y investir et faire de l’agro-business.

Y a-t-il des obstacles à l’exercice de ce métier en Côte d’Ivoire ?

 Le fait qu’on ne soit pas assez connu nous empêche d’avoir des opportunités. Les jeunes confrères qui veulent s’installer n’ont pas de ligne bancaire spécialisée. Alors que si on en faisait une priorité, ces jeunes-là pouvaient avoir des lignes de crédit, avec des taux vraiment intéressants pour leur permettre de s’installer. Il y a aussi le fait qu’il y a des secteurs où les vétérinaires ne sont pas encore suffisamment représentés. Notamment, le secteur agro-alimentaire.

Interview réalisée par CASIMIR DJEZOU

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