Fatou Sylla : Première femme industrielle ivoirienne

Journée internationale de la femme 2020. Rendons hommage à l’entrepreneur Fatou Sylla. La Première femme industrielle de Côte d’Ivoire.

Icône du travail

(…) Juste regarder dans le rétroviseur de sa vie et marquer un arrêt. Nous sommes en 1956. La jeune Fatou, avec son niveau de CM1 (cours moyen) se retrouve dactylographe au Tribunal d’Abidjan, au Greffe. Trente mots à la minute pour un salaire mensuel de 6 mille francs.

En 1958, elle va s’occuper d’une station-service au Plateau. Ça rapporte forcément un peu plus. Mais l’aventure ne dure pas car la chef d’entreprise en devenir a besoin de trouver ses marques. Pourquoi alors ne pas se tonifier le cerveau ?

Acquérir un peu plus de connaissances, de savoir et de savoir-faire, ça peut faire du bien. En 1960, elle décide de s’inscrire à des cours du soir. Toujours apprendre pour comprendre. Puis naît sa première entreprise.

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La Côte d’Ivoire indépendante avait un an : 1961. Le pays est en construction et des chantiers, il y en a pour les travailleurs. Fatou Sylla est de ceux-là. Elle créé donc la Société africaine de gestion d’entreprise et d’artisanat. Elle est dans la plomberie, le carrelage, la peinture…

Pendant sept ans, elle se bat pour consolider ses acquis : la Sogefia, la Caisse de stabilisation, le Lycée des jeunes filles de Yamoussoukro, des sous-préfectures lui confient leur plomberie…
Son salaire est alors de 150 mille francs. « C’était beaucoup d’argent ». Des souvenirs qui illuminent son regard.

Puis un jour, le Ministre du Plan lance un appel d’offres pour la papeterie et des fournitures de bureau. Juste le temps de comprendre que cette opportunité est trop belle pour ne pas la saisir et la voilà à la recherche de partenaires. Elle sait qu’elle peut écrire une autre page de son histoire, une belle page.

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Il lui faut donc des cahiers. Elle ne va pas en acheter. Elle va en fabriquer. Ainsi naît Safica (Société de fabrication et d’impression de cahiers). Elle réussit à convaincre des partenaires. Safica, c’est une société anonyme au capital de 30 millions.

Ils étaient sept associés. Puis un crédit de 150 millions avec une banque publique (BIDI) pour équiper l’imprimerie. La confiance paie.

Jusqu’au bout de ses limites

Dans ce monde inconnu, elle doit se battre pour réussir à faire de « beaux cahiers. Nous avons eu beaucoup de ratés… ». Mais il faut plus que des ratés, même beaucoup, pour décourager cette femme-persévérance.

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Des cahiers de 100, 200, 300 pages cousus, des double-lignes ; des enveloppes aussi. Nous sommes en 1968. Ses premiers clients sont la Librairie de France, le réseau des Chaînes Avion…Puis elle alimente des librairies à Ouagadougou, Niamey, Bamako, Libreville…

1972, son chiffre d’affaires est de 450 millions…Puis 1 milliard…Nous sommes en 1976. Puis 3 milliards. Ses conseils : «il fallait travailler, avoir confiance en soi, ne pas dormir sur ses lauriers et fournir de la qualité à ses clients… ».

Depuis, les machines ont vieilli. Pour Fatou Sylla, le temps a passé. Mais tous les jours, elle se rend à ses bureaux, à …Safica. Elle veut redonner un nouveau souffle à son imprimerie. C’est une question de vie.

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Aujourd’hui, elle vit sa passion de l’artisanat. « Fatou Sylla, d’hier à aujourd’hui », un livre pour conter la vie d’une grande dame, pour ne pas que le temps efface les traces de son existence. Regina Yaou, l’auteur, l’a voulu en « français simple ».

Fatou Sylla en toute simplicité. Quatre-vingt pages. De la concision donc. Toujours aller à l’essentiel car le temps est précieux. De la concision qui en rajoute à la densité de la vie de cette héroïne de la modernité.

Une vie si pleine résumée en 80 pages. Il a bien fallu faire des choix, réussir une douloureuse sélection de pans d’informations d’une vie qu’elle a écrite sur des milliers et des milliers de pages.

Elle en fait tourner, des pages. Elle en a fait écrire, des vies dans ses cahiers. Pour elle, il en faudrait des milliers. (…)

Louise Galla, extrait du magazine Sooq N° 2  d’avril 2018

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