Les startups Africaines seront-elles le parent pauvre de la crise du Covid-19 ? (2ème partie)

Une Tribune de Erick Yong – Cofondateur de GreenTec Capital Partners
1er fonds d’investissement allemand dans les startups africaines. 

 

80% de startups viables pourraient ne pas survivre !

Cet arrêt brutal de l’économie sur le continent pourrait balayer les succès anticipés et hypothéquer l’avenir encourageant de cette dynamique entrepreneuriale. L’étude de la Fondation GreenTec Capital Africa et We Tracker, à paraître à la fin du mois d’avril, réalisée avant le début de la crise du Covid-19, révélait un taux d’échec culminant à 56% pour les jeunes pousses. 80% de ces startups qui échouait, n’avait pas reçu de soutien financier à l’amorçage.

De nombreuses jeunes entreprises africaines – plus de 80 % – acclamées hier encore, pourraient se retrouver contraintes de baisser le rideau, dans des délais records si des fonds ad hoc n’étaient pas mis à leur disposition.

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L’Ethiopie, le Rwanda, le Zimbabwe ou encore le Maroc, des pays où les startups fonctionnent principalement sur fonds propres, sont particulièrement exposés aux risques de cessation d’activité de pépites évoluant dans leurs écosystèmes entrepreneuriaux.

Depuis mi-mars, nous observons un mouvement de panique face à des perspectives à court terme qui commenceraient par des destructions d’emploi. Face à cela, les acteurs de l’écosystème tentent de mutualiser des solutions de réorganisation permettant de gagner du temps.

Mais la mise en place d’actions coup de poing pour compenser ce manque ponctuel de liquidités est indispensable pour le plus grand nombre. Sinon, tout l’argent investi jusqu’à présent n’aura servi à rien. Cela coûtera plus cher de reconstruire que d’investir dès aujourd’hui.

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Il est indispensable d’anticiper et proposer des leviers financiers concrets, doublement efficaces lors de la sortie de crise. L’angoisse liée aux destructions d’emploi est de plus en plus tangible. Les jeunes entreprises ne rentrent plus d’argent et parmi les 20 millions d’emplois qui vont être détruits en Afrique, nombreux le seront dans les startups.

Ben White, PDG du réseau d’investisseurs panafricain Venture Capital 4 Africa soulignait récemment que les 13 500 startups répertoriées par son réseau avaient créée en moyenne 8 emplois, soit 108 000 emplois au total, eux aussi particulièrement menacés dans le contexte actuel.

Mais pendant que les puissances Européennes seront occupées à reconstruire leurs économies exsangues, les start-ups n’auront pas le temps d’attendre les subsides promis.

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Chez les entrepreneurs concernés, la crainte d’un effondrement des écosystèmes startups du continent s’accroît et des voix s’élèvent pour réclamer des soutiens effectifs.

En atteste les déclarations des présidents du Small Business Institute en Afrique du Sud et du Small Business Owners au Nigéria, John Dludlu et Femi Egbesola, rapportant le grand désarroi des membres de leurs organisations respectives.

Ces circonstances extraordinaires en appellent à des mesures non moins extraordinaires pour préserver les startups du continent de ce tsunami économique. Les bailleurs de fonds ont déjà amorcé plusieurs mécanismes de financement pour soutenir les économies africaines, mais la considération des startups aux agendas des acteurs de l’aide au développement demeure incertaine. Les gouvernements et autres organisations privées ne sont pas en reste.

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Des initiatives commencent à émerger : l’International Trade Center développe par exemple, un centre de ressources dédié aux impacts de la pandémie sur les startups et PME du continent.

L’Afrique du Sud et le Nigeria, les deux économies les plus avancées du continent, ont annoncé des mesures d’urgence de grande envergure pour aider les entreprises à amortir le choc de la pandémie, sans qu’aucune annonce n’ait encore été faite au regard des bénéficiaires et disponibilités des fonds annoncés.

Les autorités en Afrique francophone formulent également des réponses, comme au Sénégal où Papa Amadou Sarr, Directeur Général de la Délégation générale à l’Entrepreneuriat Rapide des Femmes et Jeune (DER/FJ), a annoncé la suspension temporaire des dettes des jeunes entreprises et un plan de 1,5 Milliard FCFA d’aides attribuées sous forme de subventions et prêts divers.

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Les organisations fédérant les acteurs du capital-risque comme l’African Private Equity and Venture Capital Association (AVCA) ou l’African Business Angel Network (ABAN), planchent, quant à elles, sur des mécanismes pour accompagner les fonds d’investissement dans leur mission aux côtés des entrepreneurs.

L’enjeu étant pour les investisseurs de trouver l’équilibre entre des tours de table anticipés et le respect des politiques d’allocation, de sorte à pouvoir accompagner d’autres structures à fort potentiel. Car, face à l’adversité, mais aussi la tentation pour les fonds d’investissement de se concentrer sur leur portefeuille, soutenir les startups du continent aujourd’hui ne doit pas diminuer, bien au contraire ! (…)

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