L’autre danger d’Internet: les réseaux sociaux.

« SI L’ON N’Y PREND GARDE, LE MARCHE DE L’ATTENTION VA ATROPHIER NOTRE LIBERTÉ. » Bruno PATINO, Directeur Editorial d’Arte France.

Nous sommes, sans doute, tous utilisateurs du numérique. Et nous croyons tous aux potentialités de cette innovation telles les utopies de partage d’information, de connaissance de façon instantanée.

Mais quand nous nous rendons compte que certains de nos proches, au déjeuner et même au dîner, sont incapables de ne pas regarder leur smartphone quand nous discutons. Ou que nous nous levons nous-mêmes la nuit pour regarder notre portable, il est bien de se demander très simplement: qu’est-ce qui s’est passé pour devenir si dépendant? Qu’est-ce qui nous arrive?Pourquoi et que peut-on faire face à cela?

La première raison qui nous vient est simplement d’ordre économique. Pour des raisons purement économiques, l’on mise davantage aujourd’hui sur une sorte de réflexologie qui est la nôtre, celle de devoir absolument répondre à toutes les sollicitations. Cela nous met bien au-delà de l’hypnose par l’image.

Si nous regardons les réseaux sociaux, même si certaines plateformes charrient des images animées très puissantes, ce qui importe c’est l’ordonnancement de ces images. Tous les mécanismes d’interfaces graphiques basés sur les neurosciences nous rendent dépendants. On ressent le besoin de regarder son portable sans en éprouver le désir dans un environnement aux multiples sollicitations; c’est le propre de l’assuétude.

Notons pendant ce temps que, nous ne sommes pas dans une phase d’apprentissage et de découverte maladroite du numérique mais, au contraire dans une phase d’efficacité.

Ainsi, nous ne sommes plus des sujets mais, des objets de l’économie numérique d’attention. Il s’agit de nous priver du contrôle de notre temps pour mieux l’exploiter et le monétiser. D’où la fameuse expression du « temps de cerveau disponible » utilisé par un patron de TF1.

Ce modèle atteint tout naturellement notre capacité à rêver en nous hachant le temps et l’espace nécessaires à la liberté. Il tue le manque comme le désir. Nous perdons la capacité de divagation, de clair obscur. Les neuropsychiatres ne cachent pas leur inquiétude face à cette nouvelle génération qui, du coup, n’est pas confrontée à l’ennui. Or, sans l’ennui, il n’y a plus de capacité de création.

Bruno PATINO  écrit que: « le bocal a atrophié l’espèce, en a accéléré la mortalité et détruit la sociabilité ». Belle image, n’est-ce pas? Il part du principe que le bocal représente les écrans avec les applications. Ainsi, ce modèle d’économie de l’attention a fait un énorme mal à notre sociabilité et à notre espace public. Alors, si l’on n’y met pas un frein, il va atrophier notre liberté individuelle et sans doute notre capacité d’imagination.

Cela est possible! Car, comme pour la cigarette, une fois ce moment de paroxysme passé, ce sujet deviendra un sujet politique, c’est-à-dire collectif et l’on y mettra fin.

La Rédaction

Inspiré de: La Civilisation du Poisson Rouge.

Bruno PATINO, (Ed. Grasset)

 

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